Mortalité maternelle : pour y mettre fin, aucun vaccin n’est nécessaire

06 / 05 / 2021

La mort d’une femme pendant sa grossesse, son accouchement ou immédiatement après est un événement tragique et un thème récurrent dans la fiction. En littérature, la mort d’une jeune mère est considérée comme un moyen puissant d’éloigner le personnage principal de l’histoire pour se concentrer sur un enfant qui est laissé derrière et doit survivre dans un environnement hostile…

Voici comment Wikipedia résume la mortalité maternelle dans la fiction. Malheureusement, dans plusieurs pays africains, la mortalité maternelle est loin d’être une fiction. En RD du Congo par exemple, 846 femmes sur 100 000 meurent des suites d’une grossesse ou d’un accouchement (UNICEF, 2018). Un chiffre inacceptable quand on sait que la plupart de ces décès sont évitables. La mortalité maternelle n’est pas une maladie mystérieuse comme la maladie du sommeil, ni une maladie incurable comme Ebola. Nous savons comment réduire le nombre de décès en couche. Des soins de santé de qualité et accessibles (financièrement) sont la clef. Comme le dit Amnesty International : la mortalité maternelle est une violation des droits humains. Le droit à la vie et aux meilleurs soins de santé possible.

De nombreux progrès ont été réalisés ces dernières années -entre 2000 et 2017, le nombre de femmes décédées pendant la grossesse ou l’accouchement a diminué de 38 % dans le monde, OMS- mais 810 femmes meurent encore chaque jour en couche.

Pourquoi ce chiffre ne diminue-t-il pas plus rapidement ? Pourquoi permettons-nous que des jeunes femmes en bonne santé meurent inutilement chaque jour ?

Il faut davantage de ressources et de volonté politique pour changer le cours des choses. La mortalité maternelle n’est pas seulement un problème médical, c’est une question sociale et politique. La mortalité maternelle est le signe qu’un système de santé ne fonctionne pas correctement. Le taux de mortalité est influencé par la qualité et l’accessibilité des structures de santé, la présence ou l’absence de personnel médical bien formé et l’accessibilité financière des soins, par exemple par les mutuelles de santé.

Mais cela va plus loin : le statut social et les inégalités de genre jouent également un rôle. Les filles et les femmes qui vivent dans la pauvreté sont les plus grandes victimes. Elles n’ont souvent pas les moyens de payer des consultations médicales. Les consultations prénatales sauvent pourtant des vies. Selon l’Organisation mondiale de la santé, une femme qui se fait suivre pendant sa grossesse augmente de 87 % ses chances d’accoucher sans complication.

En outre, de nombreuses femmes n’ont toujours pas accès à l’éducation, ce qui fait qu’elles ne connaissent pas leurs droits sexuels et reproductifs. Cela augmente le risque de grossesses non désirées et de grossesses chez les adolescentes. Sachant que 13 % de tous les décès maternels sont dus à des avortements à risque (OMS), il va sans dire que des services de contraception et d’avortement réglementés et accessibles, associés à des soins de suivi appropriés, pourraient sauver des dizaines de milliers de vies.

Pour éliminer la mortalité maternelle, nous n’avons pas besoin de développer un nouveau vaccin. Nous n’avons pas besoin de concevoir de nouvelles technologies ou de produire en masse certains médicaments. Ce qu’il faut, c’est une approche complémentaire. D’une part, renforcer les systèmes de santé, avec un personnel médical bien formé et des services d’urgence fiables, et d’autre part, créer un cadre dans lequel les femmes peuvent s’autonomiser. D’autre part, il faut créer un cadre dans lequel les femmes puissent être responsabilisées, afin qu’elles puissent, entre autres, décider elles-mêmes, par le biais du planning familial, quand et combien d’enfants elles veulent.

Toutes les deux minutes — le temps qu’il vous a fallu pour lire ce texte — quelque part dans le monde, une femme meurt en accouchant.

Et c’est inacceptable.

Annelies Van Erp, collaboratrice chez Memisa

 

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