Dans l’Est du Congo, la lutte contre Ebola se poursuit

28 mai 2026 – L’épidémie d’Ebola dans l’est du Congo continue d’évoluer dans un contexte particulièrement difficile. À ce jour, plus de 1.000 cas suspects ont déjà été recensés. Sur le terrain, Memisa et son partenaire constatent une importante sous-déclaration des chiffres officiels, qui ne reflètent pas encore la réalité. Dans un contexte rempli de défis, Memisa met tout en œuvre, avec le BDOM Bunia, pour freiner la propagation du virus.

Dans notre article du mardi 19 mai, nous évoquions déjà cette situation d’urgence internationale ainsi que ce qu’est précisément Ebola. Ici, nous approfondissons l’intervention de Memisa sur le terrain. Mais d’abord, revenons sur le contexte extrêmement complexe dans lequel se déroule cette crise.

Sœur Jeanne-Cécile, directrice de notre partenaire BDOM à Bunia, témoigne :

« Je suis stressée et épuisée, je dors à peine. Les gens veulent emporter les corps de leurs proches décédés pour faire leur deuil, mais cela est évidemment interdit en raison du risque de contamination. Ils sont bouleversés. La situation est dramatique. »

“L’épidémie est extrêmement grave et complexe »

Le directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, l’a déclaré plus tôt cette semaine :

« La République démocratique du Congo fait face à une épidémie d’Ebola extrêmement grave et complexe. La situation risque d’abord de s’aggraver avant de s’améliorer. »

Le contrôle de l’épidémie d’Ebola en Ituri est en effet rendu plus difficile par une combinaison de facteurs qui se renforcent mutuellement. On observe notamment un retard important dans le dépistage et la confirmation des cas, dû entre autres à des capacités de laboratoire limitées et à des pénuries de matériel de test. Cela empêche parfois d’assurer à temps l’isolement des patients et le suivi des contacts.

 

En outre, le système de santé local est déjà fortement sous pression, avec des pénuries de matériel de protection, de personnel et de capacités d’isolement, ce qui accroît le risque de transmission au sein des établissements de soins et au-delà.

Le contexte d’insécurité et de conflit, ainsi que la forte mobilité dans la région (la province de l’Ituri compte en outre de nombreux camps de réfugiés), rendent également difficile le suivi adéquat des patients et des personnes contacts.

Par ailleurs, la méfiance au sein de la population et la propagation de la désinformation compliquent davantage la situation. Cela se manifeste notamment par des actes de violence dans et autour des établissements de santé, ainsi que par une résistance à certaines mesures, telles que les enterrements sécurisés.

Cette combinaison de défis médicaux, logistiques, sociaux et sécuritaires rend particulièrement complexe le contrôle rapide et complet de l’épidémie.

L’intervention de Memisa

Memisa, avec son équipe sur le terrain et en collaboration avec son partenaire BDOM Bunia, soutient la lutte contre Ebola dans l’est de la RDC. Grâce à sa présence de longue date et à son soutien en Ituri via son partenaire (depuis 1997), Memisa a établi une relation de confiance avec la population et les professionnels de santé de la région. Cet ancrage est essentiel dans de telles situations de crise et nous permet d’intervenir rapidement.

Aujourd’hui, nous suivons la situation de près et soutenons le système de santé dans les zones touchées. Nous le faisons notamment à travers les activités suivantes :

  • Nous sensibilisons la population par l’intermédiaire de travailleurs communautaires (formés avec le soutien de Memisa), des églises, des radios locales et des leaders communautaires, afin de permettre une détection plus rapide des infections et de limiter leur propagation. Il s’agit d’une maladie pour laquelle il n’existe actuellement ni traitement ni vaccin, et dont le risque de mortalité est très élevé. Il est donc indispensable d’investir massivement dans la sensibilisation afin de prévenir de nouvelles contaminations.
    Concrètement, Memisa soutient la lutte contre Ebola dans 9 zones de santé, couvrant au total 1.722 villages. Dans chaque village, un agent communautaire reçoit un appui sous la forme d’un t-shirt identifiable, de dépliants en trois langues et d’un mégaphone lui permettant de mener des actions de sensibilisation. En outre, Memisa fournit aux zones de santé des comprimés de chlore pour la désinfection ainsi que des médicaments.
  • Nous contribuons à la mise en œuvre de mesures visant à garantir des enterrements sécurisés, essentiels pour prévenir les contaminations, tout en respectant leur importance culturelle et émotionnelle pour les familles.
  • Nous soutenons la protection des professionnels de santé en apportant un appui logistique à la distribution de matériel médical et d’équipements de protection.
  • Nous soutenons de manière structurelle les centres de santé et les hôpitaux de la région. À Bunia (Ituri), un pavillon dédié aux maladies infectieuses, doté d’espaces d’isolement, a récemment été construit et est aujourd’hui mobilisé dans le cadre de la riposte contre Ebola.

Les enterrements

Les enterrements constituent une réalité particulièrement sensible et complexe dans le contexte de cette épidémie d’Ebola dans l’est de la RDC. Les rites funéraires traditionnels rassemblent souvent de nombreuses personnes et peuvent impliquer un contact physique étroit avec le défunt, ce qui accroît le risque de propagation de la maladie.

Dans le même temps, il est extrêmement difficile, sur le plan émotionnel et culturel, pour les familles de faire leurs adieux à un proche dans le respect de mesures de sécurité strictes.

D’après les échanges avec les personnes présentes sur le terrain, il s’agit de l’un des défis les plus difficiles sur le plan psychologique. Le fait de ne pas pouvoir faire ses adieux dignement à un être cher constitue une épreuve particulièrement éprouvante pour les familles.

Sous-déclaration des cas

Il est important de souligner qu’il existe une sous-déclaration manifeste des cas d’Ebola en Ituri, ce qui signifie que les chiffres officiels relayés dans les médias ne reflètent pas pleinement la réalité sur le terrain. Cette situation s’explique notamment par la lenteur de la détection des cas et les retards dans la confirmation des résultats de tests. En raison des capacités limitées des laboratoires et de pénuries temporaires de matériel de dépistage, les cas suspects ne peuvent pas être confirmés suffisamment rapidement.

Alors que le laboratoire de Bunia ne peut réaliser qu’un nombre limité de tests par jour (48 au maximum), un écart persiste entre les chiffres officiellement rapportés et les observations des partenaires locaux sur le terrain. Ceux-ci signalent notamment des décès non enregistrés au sein des communautés, ainsi que des personnes qui décèdent à domicile.

Par ailleurs, ces retards prolongent l’incertitude pour les patients et compliquent l’organisation de leur isolement ainsi que le suivi des personnes contacts. Cela accroît la pression sur les services de santé et rend plus difficile l’évaluation de l’ampleur réelle de l’épidémie.

« Le soutien et la solidarité que nous recevons de votre part nous donnent la force de continuer. Ils nous donnent le courage de poursuivre cette lutte difficile contre Ebola. Dans ces circonstances particulièrement éprouvantes, ce soutien représente énormément pour le personnel soignant sur le terrain. »

Yves Sossou, assistant technique international de Memisa en Ituri

Mise à jour du 2 juin

Le nombre de cas suspects d’infection et de décès dans la province de l’Ituri continue pour l’instant d’augmenter. Parallèlement, quelques signaux encourageants émergent également en République démocratique du Congo. Ainsi, quatre infirmiers et infirmières infectés par le virus Ebola ont été déclarés guéris et ont quitté un hôpital de Bunia.
La capacité de dépistage a également été considérablement renforcée ces derniers jours. Alors qu’au début de l’épidémie, seule une quarantaine de tests pouvaient être réalisés chaque jour, environ 300 personnes peuvent aujourd’hui être testées quotidiennement. Cela permet de détecter plus rapidement les infections et d’offrir aux patients les soins nécessaires dans des délais plus courts.

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