« Je ne savais pas que j'examinais une patiente atteinte d'Ebola »
un médecin congolais raconte comment il a lui-même été contaminé
Pour le Dr Alphonse Abekani, une seule alerte manquée a tout changé. Ce médecin congolais a examiné une femme sans savoir qu’elle était potentiellement infectée par le virus Ebola. Quelques jours plus tard, il se retrouvait lui-même en isolement… Son témoignage montre à quel point un échange rapide d’informations est crucial lors d’une flambée d’Ebola..
« J’ai probablement été contaminé lors d’un examen échographique pratiqué sur une patiente qui a ensuite été considérée comme un cas suspect d’Ebola », raconte le Dr Alphonse.
Le médecin est directeur médical de l’hôpital de Lita, dans la province de l’Ituri (est de la RDC), l’épicentre de la flambée d’Ebola. Dans une région où le système de santé est déjà soumis à une forte pression, un manque d’information peut avoir des conséquences fatales.
Un examen sans avertissement
La patiente, une jeune femme, a été admise à l’hôpital de Lita en raison d’importantes hémorragies. Elle avait auparavant été soignée dans un centre de santé pour des pertes de sang survenues au début de sa grossesse. Son état continuait toutefois de se dégrader. Compte tenu de la gravité de la situation, un examen urgent s’imposait.
Lors de l’échographie, elle présentait une forte fièvre, était très affaiblie et souffrait d’une toux importante. Avec le recul, le Dr Alphonse pense que c’est à ce moment-là qu’il a été exposé au virus.
Ce n’est qu’après l’examen qu’il a appris que d’autres soignants, travaillant dans l’établissement où la jeune femme avait d’abord été prise en charge, la considéraient déjà comme un cas suspect d’Ebola. Cette information essentielle ne lui est toutefois pas parvenue à temps.
“À ce moment-là, je ne savais pas que j’étais face à un cas d’Ebola.”
La patiente est décédée à son domicile peu de temps après. Quelques jours plus tard, le Dr Alphonse a lui-même développé de la fièvre et d’autres symptômes évocateurs d’Ebola. Une analyse en laboratoire a confirmé l’infection. Il a été immédiatement placé en isolement et traité contre la fièvre et la douleur. Heureusement, il a survécu à la maladie.
Pendant plusieurs jours, le Dr Alphonse est resté dans un état critique. Il souffrait d’une forte fièvre, était complètement épuisé et luttait pour sa vie. En tant que médecin, il savait mieux que quiconque à quel point la maladie pouvait être grave. Ce n’est que lorsque son état a commencé à s’améliorer et qu’il est devenu évident qu’il survivrait qu’une autre terrible nouvelle lui est parvenue…
Sa collègue, Mme Gorretti, l’hygiéniste chargée de la stérilisation du bloc opératoire, est tombée malade peu après lui. Elle fait partie des personnes qui n’ont pas survécu à Ebola. Son décès a profondément marqué les soignants et rappelle à quel point les professionnels de santé sont exposés lorsqu’ils prennent en charge des patients pendant une flambée épidémique.
Ebola est une maladie virale grave qui se transmet par contact direct avec les liquides biologiques d’une personne infectée. La variante Bundibugyo est une souche rare du virus Ebola pour laquelle il n’existe actuellement aucun traitement spécifique. La maladie est hautement mortelle : environ une personne sur trois qui la contracte n’y survit pas (VRT NWS, 2 juillet 2026).
La flambée épidémique en Ituri met une nouvelle fois en lumière les défis auxquels est confronté le système de santé en République démocratique du Congo. Les hôpitaux souffrent d’un manque de personnel et de ressources, tandis que les patients doivent souvent parcourir de longues distances pour accéder aux soins. En outre, les informations relatives aux cas de contamination ne sont pas toujours partagées à temps.
Dans ce contexte, Memisa soutient les hôpitaux, les centres de santé et le personnel soignant notamment à travers des formations, la fourniture de matériel médical et la sensibilisation de la population via des relais communautaires, entre autres.
Le témoignage du Dr Alphonse montre toutefois aussi à quel point les soignants restent vulnérables lorsque les mesures de protection et le partage d’informations font défaut. Pour le médecin, la principale leçon est claire :
“Le dépistage précoce et une information claire peuvent littéralement faire la différence entre la vie et la mort, y compris pour nous, le personnel soignant. Et surtout : chaque patient est un cas potentiel d’Ebola.”
Son témoignage est un rappel poignant des risques que les soignants prennent chaque jour lors d’une flambée d’Ebola. Il souligne également à quel point des systèmes de santé résilients sont essentiels pour protéger à la fois les patients et le personnel médical.
Mise à jour du 2 juillet : chiffres Ebola
